Okna Tsahan
Zam est un exceptionnel interprète de l'épopée du peuple Kalmouk, seul
peuple bouddhiste d'Europe, déporté par Staline dans les années 1940. Il
s'accompagne a la dombra, un luth piriforme dont le long manche est fretté
et monte de deux cordes, mises en vibration avec les doigts. II existe deux
types de dombra, de hauteurs différentes. Deux autres instruments kalmouks
sont ici utilisés : le huuchir (autrefois appelée biwa, sa caisse de
résonance était formée par une vessie) est une vielle à pique à la caisse de
résonance tubulaire, montée de deux (ou parfois quatre) cordes. La mèche de
son archet de bambou est divisée en deux parties dont l'une met en vibration
la (les) corde(s) basse(s) et l'autre la (les) corde(s) haute(s).
L'instrumentiste fait varier la tension de la mèche avec un doigt, afin de
varier les couleurs sonores. Le djinguenuur est une cithare trapézoïdale
dont les choeurs de cordes sont frappés par deux légères baguettes. Cette
cithare est originaire d'Iran où elle a donné naissance au psaltérion
européen. Celui-ci a été apporté en Chine (yangqin) par des missionnaires
catholiques italiens et français, avant de se répandre en Asie centrale et
en Mongolie (yoochin). Les autres instruments (mis a part ceux venus
d'Europe) sont joués en Mongolie, a commencer par l'emblématique morin huur,
la vielle-cheval. Sa caisse trapézoïdale est surmontée d'un long manche tendu
de deux cordes aiguë et grave, respectivement en crin de jument et de
cheval. La crosse est en forme de tête de cheval. La légende veut que le
premier instrument ait été construit par le héros Cuckoo Namjil avec les os,
la peau et les crins de son cheval ailé, Jonon Har (le Prince Noir), tué par
une femme jalouse. Le shanz, également appelé shudraga, est un luth a long
manche, monté de trois cordes, dont la table d'harmonie quadrangulaire et le
fond de la caisse de résonance sont en peau de serpent. La flûte
traversière, appelée limba par les Kalmouks et limbe par les Mongols,
comporte six trous de jeu. Construite traditionnellement en bambou ou en
cuivre, elle est souvent maintenant faite d'un tube de plastique. Les
Mongols distinguent deux types de limbe féminin (em) — a la perce étroite et
jouée doucement — et masculin (er) — une flûte plus courte et jouée avec
vigueur. Les musiciens emploient généralement la technique du souffle
continu (bituu am'sgal), qui permet de jouer de longues phrases
ininterrompues.
Mais l'instrument principal de Okna Tsahan Zam est la voix.
Il est notamment un maître du höömii, le chant diphonique. Cette technique,
répandue chez les peuples mongols occidentaux, consiste a émettre
simultanément une note fondamentale grave faisant office de bourdon et un
son aigu générant une mélodie harmonique. Les Mongols connaissent six
techniques, le höömii nasal, le pharyngé, le thoracique, l'abdominal, le
narratif, l'isgereh (ou "voix de flûte nasale"). Cette extraordinaire
technique, qui a fasciné nombre de musiciens occidentaux, est
vraisemblablement liée a l'univers chamanique. On pense ainsi qu'elle a des
effets bénéfiques sur les chevaux et le bétail. Pour Okna : "Ces sons nous
lient avec l'espace, avec les âmes de nos ancêtres. C'est l'accumulation de
l'énergie, la révélation de la conscience." HENRI LECOMTE.
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